Il était une fois Alger

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Entre mer, montagne, soleil et trésors archéologiques

Tipasa, espace rêvé pour un tourisme culturel, attend son heure

Lieu de confluence entre histoire et nature, Tipasa n’en finit pas de faire rêver. Ses nombreux trésors archéologiques parsemés dans ses paysages naturels exceptionnels continuent de faire majestueusement vaciller entre le bleu salvateur de la mer et la chaleur caressante du soleil…
«Au printemps, Tipasa est habillée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros brouillons dans les amas de pierre…» C’est ainsi que Camus percevait Tipasa dans l’Algérie colonisée des années 1930. A peine du fond du paysage pouvait-il voir «la masse noire du Chenoua prendre racine» que ses grandes idées sur le monde, la solitude et l’absurde destin de l’homme s’ébranlaient pour donner vie à de grandes œuvres qui n’ont pas manqué de marquer la littérature universelle.

Aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose des plantes grasses et violettes, jaunes, rouges et roses qu’il décrivait avec verve dans l’un de ses célèbres recueils, Noces. Et si les couleurs n’ont pas survécu à l’épreuve du temps, les odeurs de romarin en fleurs et le chant des insectes continuent tout de même à saisir les visiteurs qui s’y baladent. Tipasa n’a pas gardé tous les charmes qu’elle recelait par le passé -à en croire les descriptions de Camus- elle n’en demeure pas moins le site archéologique le plus visité du pays. Elle a accaparé à elle seule 53,12% du nombre total des visites de sites nationaux. Un succès que se partagent les 4 principaux espaces du site : le musée, le parc plus connu sous le nom de «Ruines romaines», le mausolée royale de Maurétanie communément appelé «Tombeau de la chrétienne» et, enfin, la «Sainte Salsa». Et ces quatre lieux de culture ont su captiver l’intérêt de 220 615 visiteurs tout au long de l’année 2007 et plus de 35 000 visiteurs durant le premier trimestre de l’année 2008. Et la question qui se pose d’emblée est de savoir si cet intérêt relève de la curiosité culturelle et d’une soif de découvrir des vestiges archéologiques ou bien d’autre chose. Nous sommes allées sur place pour le vérifier… mais également pour constater de visu le mode de gestion et d’entretien de cet espace rêvé pour le tourisme culturel.

Les ruines romaines, havre de paix pour les couples en quête de tranquillité A l’entrée du parc
archéologique, c’est dans l’amphithéâtre dont des pierres et des morceaux de mur subsistent encore que quelques silhouettes discrètement installées attirent les regards. Pas de spectacles dans l’arène ovale mais tout de même quelques spectateurs tempérés qui sont assis tout autour. Des spectateurs qui n’observent rien d’autre qu’eux-mêmes en fait ! Oui. Un couple ou deux parfois même trois viennent s’y installer… certainement pour savourer des instants romantiques volés aux interdits coercitifs de la société. Mais est-ce que ces amoureux clandestins s’intéressent un tant soit peu au patrimoine que recèlent les 45 000 hectares du site ? La réponse ne devrait étonner personne : bien sûr que non. Farid et Yasmina en témoignent : «Nous sommes des habitués, on aime bien cet endroit !» et c’est tout souriants qu’ils confieront ne pas savoir grand-chose des ruines. Un des gardiens fort sympathiques rencontré sur les lieux tentera d’expliquer l’attrait du site. Selon lui, ces jeunes amoureux aiment cet endroit isolé car il permet aux jeunes filles de passer du temps avec leurs prétendants sans être compromises. Un gardien qui s’est aussi révélé être un guide des plus agréables. Car, faut-il le préciser, les deux seules guides disponibles sur le site sont très difficilement accessibles.
Sur les allées traversées pour accéder au quartier des villas des traites dont le sol était pavé de belles mosaïques au IIe siècle après J.-C., il montrera les belles traces qui subsistent. Il parlera du théâtre qui se trouve à quelques mètres puis nous fera traverser des chemins ornés d’amphores et de sarcophages pour enfin arriver à la stèle érigée à la mémoire d’Albert Camus, offrant une vue imprenable sur l’écume des vagues qui déferlent et se brisent sur les rochers… et, comme pour rendre l’endroit plus exaltant, il ne reste aux visiteurs qu’à lire l’inscription sur la stèle signée d’Albert Camus : «Je comprends ici ce qu’on appelle gloire, le droit d’aimer sans mesure.»
Un petit coin qui a de quoi faire rêver bien des «Farid et Yasmina». Et la question posée plus haut trouvera rapidement sa réponse : Les visiteurs sont plus attirés par la beauté du site, le paysage idyllique, la mer, la montagne proche et le soleil propices au romantisme. Un cadre qui attire autant les jeunes rêveurs que plusieurs familles en quête de quiétude et de repos. Le patrimoine, la culture et les vestiges archéologiques sont incontestablement secondaires.

Des efforts à faire pour la promotion de la culture et du site en lui-même
Le musée de Tipasa se trouve à quelques mètres de la sortie du parc. Et pour découvrir la collection des pièces antiques qu’il renferme, nous y entrons en simples citoyens pleins d’enthousiasme mais l’accueil qui nous y a été réservé n’était pas des plus chaleureux. Nous avons eu droit à l’ébauche d’une visite guidée dans la grande et unique salle du musée mais qui a été malheureusement très vite interrompue. Il fallait que ce guide s’occupe d’une délégation de touristes étrangers ! Et quelle déception nous avons alors éprouvée en tant que simples Algérois que nous étions durant cette visite. Après avoir parcouru 70 km pour découvrir un bout de notre histoire, nous nous retrouvions délaissées et même carrément ignorées alors qu’à quelques mètres de nous, des touristes étrangers se trouvaient valorisés et même chouchoutés. Sans guides, sans documentations accessibles pour nous aider à bien découvrir le site, il ne nous restait qu’à retrouver notre gentil
gardien pour nous orienter…

Tipasa, site prioritaire de la stratégie globale de gestion et d’entretien
C’est donc ce gardien, dans un arabe bien algérois émaillé de petites expressions françaises, qui nous fera oublier notre déception et nous accompagnera dans notre découverte des lieux en nous faisant part de remarques et d’informations des plus intéressantes. Tout en parcourant le site, des questions sur la gestion et l’entretien se poseront d’elles-mêmes. Des questions auxquelles le gardien répondra spontanément et de bon cœur. «Les choses ont changé depuis deux ans. Ce n’est plus l’Agence nationale d’archéologie qui gère le site mais l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels [ONGEBC]», nous dira-t-il entre autres choses. Et pour en savoir un peu plus sur le mode de gestion et d’exploitation de ce joyau archéologique et naturel, rien de mieux que de se diriger vers l’ONGEBC, quittant momentanément les paysages mirifiques. Direction, donc, le siège de cet office dans la basse Casbah où le directeur général, Mohamed Dahmani, nous accueillera avec soin.
Bien des changements ont été opérés, selon ses déclarations. Entretenir une étendue de 45 000 hectares, et qui plus est représente le site le plus fréquenté du pays n’est pas chose facile quand les équipes d’entretien sont réduites. Mais à ce sujet, Mohamed Dahmani dira que des efforts incontestables ont été faits depuis l’installation de l’ONGEBC en janvier 2007. Il ne sera pas possible de connaître le coût global de l’entretien du site mais on apprendra par contre que les équipes de gardiennage ont doublé. Alors que les gardiens étaient 21 à assurer la sécurisation du site en 2006, ils sont actuellement 44 à s’y affairer. Et ils ne sont plus concernés par le nettoyage des lieux. Celui-ci est fait désormais par une équipe de 10 personnes qui effectue des rotations quotidiennes sur les sites de Tipasa et Cherchell. Retour sur le site pour établir un constat sur la question. A première vue, l’endroit est relativement propre mais il suffit de bien observer des recoins cachés et profonds pour y trouver une bouteille d’eau jetée ou quelques détritus par-ci par-là. Cependant, Mohamed Dahmani dira que l’ONGEBC est en phase d’installation et d’organisation, ce qui implique que bien des efforts restent à faire et sont d’ailleurs en cours. Il précisera également qu’en matière d’amélioration de l’entretien des sites archéologiques nationaux, Tipasa est une zone pilote et prioritaire. L’espoir est donc permis…

Vue sur le mausolée royal de Maurétanie, appelé à tort «Tombeau de la chrétienne»
Direction maintenant vers l’entrée de Tipasa.
A 261 mètres au-dessus de la mer, au sommet d’une colline couverte d’arbres se dresse le mausolée royal de Maurétanie appelé à tort « Tombeau de la chrétienne». Un monument qui date de l’époque numide et qui, par les mythes et mystères qu’il entretient mais surtout par ses atouts «géographiques» attire beaucoup de visiteurs. 12 406 personnes durant les trois premiers mois de l’année 2008, selon les chiffres de l’ONGEBC sont venues y savourer des moments de détente. Quelle ambiance y règne ? En cette fin d’après-midi d’une journée de semaine où le soleil réchauffe sans trop brûler, on y trouve pas grand monde, mais néanmoins un groupe de touristes français et deux incontournables couples ! Inutile de demander à ces jeunes amoureux ce qu’ils sont venus découvrir dans cet endroit puisqu’on le sait déjà. Direction, en revanche, vers les touristes français assis sur un bloc de pierre au pied du colossal mausolée. Leur visage illuminé par notre présence, ils ne nous laisseront pas le temps de poser la moindre question. Désorientés, ils mettront tous leurs espoirs en nous pour comprendre les origines de ce site. Eh oui ! l’absence de guides et de documentations pour s’instruire se fait encore douloureusement ressentir mais, cette fois, les étrangers à qui on déploie de coutume le tapis rouge se retrouvent dans le même bain que nous ! Il faudra attendre que notre collègue aille se procurer un guide que le restaurateur d’en face a bien voulu lui prêter pour en savoir un peu plus sur ce tombeau. Il s’agit en fait d’un mausolée qui a «certainement appartenu à une famille royale numide ou maure qui s’est richement fait enterrer dans ce cadre rompant avec la tradition». Il ne s’agit donc pas du tombeau d’une chrétienne…

Tipasa, l’espace rêvé pour développer le tourisme culturel
Quoi de mieux que d’exploiter les richesses culturelles et patrimoniales pour relancer la «Destination Algérie». Tipasa a cet atout exceptionnel de rassembler la mer, la montagne, le soleil et des vestiges romains des plus impressionnants. Organiser des manifestations culturelles à l’intérieur même du site. Le refleurir. Retracer ses allées. Mettre à la disposition des visiteurs de la documentation, des «flyers», des dépliants et puis, surtout, des guides bien formés et attrayants qui donnent envie à tous es visiteurs d’en savoir un peu plus sur notre culture. Organiser des sorties éducatives, des promenades pittoresques ou encore des événements à thème. Initier une véritable campagne promotionnelle sur ce lieu. Il s’agit là d’autant de moyens qui pourront permettre à Tipas d’accomplir sa vocation touristique. C’est le rêve qu’on s’est plu à faire avec Mohamed Dahmani lors de l’entretien qui s’est tenu au siège de l’ONGEBC après les visites sur le site. Et il en ressort que quelques petites initiatives qui se concrétiseront, selon le DG de l’ONGEBC, avant 2009 sont déjà lancées.
À savoir la disponibilité de dépliants à l’entrée du parc archéologique et l’établissement d’un point de restauration à l’intérieur même des ruines pour procurer plus de confort aux visiteurs. Pour le reste, il faudra attendre et, là encore, l’espoir est permis… Albert Camus a aimé Tipasa au point de ne jamais y passer plus d’une journée d’affilée car, écrivait–il, «il vient toujours un moment où l’on a trop vu un paysage, de même qu’il faut longtemps avant qu’on l’ait assez vu», ce qu’il faut espérer maintenant, c’est que ce site soit valorisé pour que les Algériens, d’abord, puis les étrangers viennent y voir ces paysages sauvages et mystérieux qu’on ne peut en réalité, même s’il faut contredire Camus, jamais avoir assez vus !
[ source ]
Par Fella Bouredji
Photo : S. Zoheir
La Tribune – 18-05-2008

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